• C’est l’histoire d’un assureur privé qui surgit au milieu d’un dossier public comme un prestidigitateur en quête de bitume fantôme – sans même frapper à la bonne porte.

    Plutôt que de le laisser jouer en coulisses, j’ai préféré allumer la lumière. Voici la mise au point que je lui ai envoyée :


    Bernard FONTAINE
    20, rue des Pommerets
    92310 SÈVRES

    M. Nicolas GOMART
    Directeur Général
    MATMUT
    66, rue de Sotteville
    76030 ROUEN CEDEX 1

    Sèvres, le 26 octobre 2025 — RAR

    Réf. : Votre lettre 24 3M 22771 T – UGS 02
    Objet : Mise en demeure de suspension immédiate de toute sollicitation – saisine CADA en cours

    Monsieur le Directeur Général,

    Je vous informe que j’ai saisi la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) d’une demande d’avis relative aux documents afférents à l’intervention publique à l’origine du dépôt de bitume que vous avez évoqué. Vous avez fondé votre intervention sur une déclaration dans laquelle un sinistre ancien est présenté comme un fait récent — ce qui est pour le moins discutable — et censé expliquer, sans diligence préalable de votre part, un dégât des eaux chez un voisin.

    Dans ce contexte, et conformément au principe de neutralisation d’un différend administratif pendant l’instruction d’une saisine CADA, je vous mets formellement en demeure de suspendre immédiatement toute sollicitation ou démarche à mon encontre concernant ce bitume public, tant que l’avis de la CADA n’a pas été rendu et mis en œuvre par l’autorité compétente.

    Je précise expressément que toute tentative de déplacement ou d’investigation sur ma propriété privée, sans mon accord écrit préalable, constituerait un trouble manifestement illicite et ferait l’objet, sans délai, des mesures légales appropriées.

    J’observe que c’est un établissement public intercommunal (Grand Paris Seine Ouest — GPSO) qui détient aujourd’hui l’entier des documents pertinents relatifs aux faits en cause, à la suite d’une absence de transmission de mes demandes initiales par la commune de Sèvres, contrairement à l’obligation prévue à l’article L.114-2 du CRPA. Il vous appartient désormais de vous rapprocher directement de cette autorité, dûment saisie. Il vous est également loisible d’interroger son assureur, dont vous avez les coordonnées en PJ.

    Enfin, dans un souci de transparence civique, je vous informe que tout élément officiellement porté à ma connaissance dans ce dossier (provenant d’une autorité, d’un expert ou d’un assureur) sera publié sur mon espace d’information citoyenne : https://ducotedesevres.blog. Cette démarche est conforme au principe constitutionnel de participation éclairée à la vie publique locale, principe dont la portée est d’autant plus essentielle en période électorale. Aussi les faits doivent-ils demeurer parfaitement lisibles et imputés à leurs véritables auteurs, de sorte qu’aucune interposition privée — fût-elle de bonne foi — ne vienne altérer la clarté du débat public.

    Je vous saurais gré de bien vouloir accuser réception de la présente et me confirmer, par retour de courrier, la suspension immédiate de vos relances.

    Je vous prie d’agréer, Monsieur le Directeur Général, l’expression de ma considération distinguée.

    PJ : Lettre de GPSO du 3 octobre 2025
    Signé : Bernard FONTAINE

  • Moment de délectation radiophonique ce matin : France Inter recevait Sylvain Tesson, auteur d’un récit de traversée discrète du pays intitulé : Sur les chemins noirs. Le film vient de sortir avec Jean Dujardin. J’ai immédiatement pensé aux chemins noirs -et bitumineux ! que j’ai vus surgir dans mon propre jardin.

    À ce sujet, j’ai découvert récemment — grâce à un courrier de Grand Paris Seine Ouest (GPSO) à propos du ralentisseur qui a endommagé ma voiture rue Léon-Cladel — que la voirie de Sèvres n’était plus de compétence municipale, mais avait été transférée depuis plusieurs années à cet établissement public intercommunal. Absent de la ville de 2008 à 2019, pendant qu’on procédait à ce transfert de compétences, je n’avais pas été mis au courant. Pourquoi Ronron ne m’en a-t-il jamais soufflé mot, alors que je lui ai écrit à maintes reprises sur ces bitumages intempestifs ? Pourquoi n’a-t-il pas simplement transmis mes courriers à GPSO, dont il est de surcroît vice-président ?

    Il avait en effet l’obligation de le faire en vertu de l’article L.114-2 du Code des relations entre le public et l’administration. Celui-ci dispose on ne peut plus clairement : « Lorsqu’une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l’administration compétente et en avise l’intéressé« . Ronron a-t-il rempli cette obligation, qui s’impose d’autant plus à lui qu’il est vice-président de GPSO ? Que nenni. Quant à l’établissement public GPSO, il m’a certes répondu à la marge sur le point annexe que constitue la casse de mon amortisseur par un ralentisseur, mais il n’a pas davantage communiqué le moindre document relatif au bitume généreusement répandu dans mon jardin, ni même accusé réception de la demande complète adressée au maire de ma commune.

    Les silences de Ronron (auxquels s’ajoutent ceux de l’intercommunalité) posent donc problème, au-delà même de l’incroyable inertie qui a accueilli mes réclamations pendant près de deux ans. Et ils m’amènent inévitablement à me demander s’ils ne procèdent pas d’une stratégie ayant pour effet ou pour objet d’occulter la présence d’une collectivité publique derrière l’épandage -irrégulier- dont j’ai été victime. En tout état de cause, c’est là une double irrégularité : dans un premier temps on bitume sans respecter les limites de la voirie municipale, dans un deuxième temps on s’assied purement et simplement sur les demandes d’explication émanant des citoyens surpris -et sur l’obligation légale de traiter ces demandes, y compris en aiguillant celles-ci vers l’autorité compétente.

    Ce qui me fait penser à une stratégie, c’est la « Lettre d’infos » municipale du 5 octobre, dans laquelle Ronron exalte son projet Cœur de ville. Cette lettre ressemble à un gruyère plein de trous. La preuve, plus un mot sur la démolition de la passerelle qui relie les deux versants de Sèvres — pourtant annoncée avec insistance dans ses précédentes communications. Y aurait-il, soudain, une prise de conscience ? A-t-il perçu l’incohérence qu’il y avait à dénoncer des cheminements « vieillissants, accidentés, peu confortables » tout en voulant raser le seul ouvrage qui assure encore une liaison piétonne directe au-dessus de l’avenue de l’Europe ? Ou bien s’agit-il simplement d’un brouillard politique opportun ?

    En l’état, tout demeure dans le flou. Le discours s’épaissit comme le bitume, et les voies d’accès au centre-ville, dans leur confusion croissante, ressemblent désormais aux « chemins noirs » de Tesson. J’y vois errer Ronron, tel un personnage de l’Énéide cheminant obscur dans la nuit solitaire.

    « On me dit : Où vas-tu ? Je l’ignore, et j’y vais », écrivait Victor Hugo dans Les Contemplations. Sans bousssole mais plein de certitude, ainsi va Ronron…

    Bernard FONTAINE

  • Il n’est pas inutile de rappeler que nos élus ont le devoir de nous répondre lorsque nous les sollicitons. Ils ont même l’obligation de transférer à l’autorité compétente une demande mal aiguillée. Or il m’aura fallu deux ans et quatre missives pour obtenir un début de réponse à mes lettres sur cette incongruité qu’a représentée l’épandage exorbitant de bitume dans mon allée.

    Ensuite, la puissance publique doit veiller rigoureusement à ce que les moyens mis à sa disposition soient utilisés à bon escient. Petit rappel de l’article 14 de notre Déclaration de 1789 :

    « Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, etc. »

    Les nouvelles règles de contrôle et d’audit internes en vigueur dans les services de l’Etat sur la base du décret n° 2022-634 du 22 avril 2022, comme celles qui garantissent l’accès des citoyens aux documents administratifs, prolongent cet esprit fondateur : la transparence n’est pas une faveur, c’est un droit.

    Mais assez parlé bitume ! Bien d’autres sujets animent déjà la campagne municipale. Et d’abord ce « cœur de ville » cher à Ronron — et cher tout court. Que le marché mérite une meilleure exposition, nul n’en doute. Faut-il pour autant détruire l’existant pour reconstruire à grands frais un bâtiment commercial sur l’emplacement de l’ancienne station BP ? Rien n’est moins sûr.

    Plutôt que de bétonner et de bitumer encore cette aire centrale qui a vocation à servir de proue au projet d’aménagement, pourquoi ne pas y aménager un jardin de poche, un bosquet urbain ou quelque chose de cette nature ? Et pourquoi pas une ferme pédagogique ? Oui, des potirons plutôt que du béton. Nous voulons du vert, du vivant ! Après la roseraie mutilée — de façon aussi coûteuse qu’inconsidérée — les Sévriens méritent un aménagement paysager formant une mini-coulée verte dont le marché, excavé et restauré, deviendrait le cœur battant.

    Mais de grâce, que la municipalité rompe enfin avec son goût immodéré pour le bitume et le béton !

    Bernard FONTAINE

  • Laissez-moi vous narrer un fait qui ne manque pas de SEL (quel Sévrien ne connaît pas le SEL ?) et réparer un oubli par la même occasion.

    En même temps que la missive municipale, j’ai reçu un courrier de notre Séraphin Lampion -pardon : de la MATMUT. Vous savez : l’assureur qui s’est emparé du bitume municipal pour m’imputer potentiellement la responsabilité d’un dégât des eaux survenu chez mon voisin. Ah ! Comme il a bon dos, mon bitume — « ce pelé, ce galeux d’où (viendrait) tout leur mal » !

    Agacé par mes observations dubitatives sur la déclaration de sinistre effectuée par mon voisin, l’assureur en question m’assure (logique pour un assureur !) que son assuré est légitime en tout.

    D’abord, d’avoir déclaré le sinistre en date du 27 septembre de l’an dernier… même si l’assureur admet — enfin — que c’est seulement la date de la déclaration, et non celle de la survenance du sinistre lui-même.
    Mais alors, quel cas faire de l’article L.113-2 du Code des assurances, qui fixe aux assurés un délai ne pouvant excéder cinq jours ouvrés pour déclarer un sinistre dont ils seraient victimes ?
    Cela veut-il dire que cet assureur est prêt à considérer tout dégât survenu il y a dix ans ou plus et déclaré aujourd’hui seulement ? Quelle largesse !

    Légitime aussi, ledit voisin, d’avoir produit un rapport de visite rédigé par une entreprise qu’il a rémunérée lui-même — alors que l’assureur a des obligations de vigilance et de prudence à respecter pour s’assurer de la nature et de l’origine des sinistres dont il est avisé. À défaut, il prend le risque de se laisser… inspirer par des versions intéressées.

    Et de m’inviter à répondre favorablement aux « sollicitations » qui me seraient adressées pour lui permettre d’instruire cette affaire.

    Une coïncidence veut que la mairie, au même moment, m’écrive pour m’annoncer — après près de deux ans de silence — l’ouverture d’une enquête interne sur l’incident du bitume.
    Simple hasard de calendrier ? Peut-être.
    Le voisin, l’assureur, et enfin la mairie : l’air des Lampion se chante en chœur à Sèvres.

    Bernard FONTAINE

  • Ronron se terre dans un silence ouaté. Alors même qu’un automne aux couleurs d’été indien s’attarde au-dessus de nos têtes, invitant à la promenade, il s’est pelotonné dans son antre — et il hiberne, le bienheureux !

    Au moins a-t-il pris la peine, grâce lui soit rendue, de me répondre — fort courtoisement de surcroît — avant de regagner sa tanière. Oh, n’allez pas croire qu’il me répond sur le fond ! Ne rêvons pas (ça, c’est l’apanage de Ronron : qui dort… rêve !).
    Mais il a enfin accusé réception de mes nombreux courriers et désigné un chargé de mission pour me servir d’interlocuteur. Un progrès !
    Si mince soit cette avancée, on se prend à espérer : peut-être que la municipalité, dans un sursaut de transparence, va finir par m’éclairer sur les dessous bitumineux de cette étrange affaire.

    Le chargé de mission dispose encore d’une quinzaine de jours pour me répondre, sachant que, si le silence municipal devait perdurer au-delà de cette échéance, il me resterait la possibilité de saisir la CADA.
    Je parle bien sûr de la Commission d’accès aux documents administratifs — cette instance discrète mais précieuse, gardienne du droit de savoir des citoyens.

    Quinze jours : une éternité, à l’échelle du temps administratif. D’ici là, comme dirait Brassens dans sa Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, « il risque de se faire tard… et je ne peux/Dire à ces braves gens : (pressez-vous) donc un peu ! »

    Bernard FONTAINE

  • Sept guerres conclues « en l’espace de sept mois », s’est vanté Donald Trump à la tribune de l’ONU. Parmi celles-ci, « le conflit entre l’Aberbaïdjan et l’Albanie ». Que Trump prononce mal l’Azerbaïdjan et se trompe sur l’Arménie, peu importe : il lui faut le prix Nobel de la paix.

    À Sèvres, notre maire, que d’aucuns surnomment affectueusement Ronron pour son calme placide, mériterait sans doute, lui, le Nobel de la transparence municipale. Non qu’il en fasse un usage immodéré : mais il cultive avec constance l’art de laisser reposer les courriers, comme on laisse mûrir une pâte à brioche.
    Depuis que les agents municipaux ont déversé « un petit reste de bitume » de vingt mètres carrés dans mon allée — sous prétexte d’éviter un long détour vers la déchetterie —, j’ai eu tout loisir de lui écrire. Quatre courriers, pour être exact.

    A-t-il répondu ? Pas encore. Mais peut-être médite-t-il longuement la meilleure formule, pesant chaque mot à l’aune de la diplomatie communale. On pourrait s’en agacer ; on préfère y voir une philosophie du temps long. Encore faut-il qu’à force de méditer, l’action ne s’endorme pas.

    Ma mise en demeure, reçue le 25 septembre, se verra-t-elle honorée d’une réponse avant le 10 octobre ? J’en doute un peu, mais il n’est pas nécessaire de réussir pour persévérer — n’est-ce pas déjà un bel effort de gouvernance que d’accuser réception ?

    Je songe alors à ce magnifique film de Kurosawa, Ikiru, où un cadre municipal, usé par les parapheurs et les délais, décide un jour de prendre les choses en main. À la fin, malgré la maladie et la lenteur des rouages, un parc voit le jour, fruit de son obstination.
    Puissions-nous, à Sèvres, connaître pareille illumination ! Qu’un jour, dans un sursaut de zèle ou d’inspiration, Ronron quitte son antre douillet et se dise : « Tiens, si j’allais répondre à ce citoyen ? »

    Car au fond, la transparence, ce n’est pas un prix à décrocher : c’est une lumière à rallumer

    Bernard FONTAINE